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MANQUE DE PRETRES : L'Eglise réagit !!      

Face au manque de prêtres, les évêques s’organisent

(LACROIX 7nov2013)

Les évêques, réunis cette semaine à Lourdes en Assemblée plénière, cherchent à sensibiliser les communautés chrétiennes aux conséquences concrètes du manque de prêtres.Ils évoquent clairement cette question cruciale, comme l’ont montré plusieurs messages publiés ces derniers mois.Certains renoncent à demander un évêque auxiliaire et la plupart ne confient plus de charges administratives ou organisationnelles à leurs prêtres.

"Nous sommes vraiment à un tournant et nous prenons davantage la mesure de ce que le trop petit nombre de prêtres va entraîner pour le service des communautés chrétiennes et les nominations à venir. » Ainsi s’exprimait Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), dans un communiqué du 27 septembre, c’est-à-dire trois semaines après la nomination du P. Laurent Le Boulc’h, ancien curé de Lannion et Pleumeur-Bodou, comme nouvel évêque de Coutances (Manche). Une manière d’écrire noir sur blanc ce que la plupart des évêques français reconnaissent désormais ouvertement : il leur est de plus en plus difficile de devoir se séparer d’un de leurs prêtres.

Déjà, en février 2012, Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre (Hauts-de-Seine), peu après la nomination de son ancien évêque auxiliaire et vicaire général, Mgr Nicolas Brouwet, comme évêque de Tarbes et Lourdes, annonçait qu’il ne souhaitait pas un nouvel auxiliaire, « pour ne pas appauvrir le diocèse ou un diocèse extérieur d’un de ses prêtres » . Une annonce d’autant plus remarquée que, trois ans auparavant, Mgr Daucourt avait demandé au pape de lui donner un auxiliaire. « Je vois bien, écrivait-il alors, que je n’arrive pas à être suffisamment présent auprès de certaines communautés ou en certaines circonstances, en raison des nombreuses obligations qui sont les miennes dans et hors du diocèse. »

La plupart des évêques éprouvent, en outre, de grandes difficultés à nommer des prêtres à toutes les charges pastorales de leur diocèse. Notamment pour les plus lourdes, qui supposent des hommes à la fois expérimentés, relativement jeunes et en bonne santé. Ainsi, le diocèse de SaintBrieuc a toujours un vicaire général – obligatoire sur le plan canonique (lire ci-contre) – mais n’a plus de vicaire épiscopal. « J’ai nommé un diacre permanent délégué épiscopal pour l’ensemble des propositions de la foi et membre de l’équipe épiscopale » , explique Mgr Moutel.

Mgr Daucourt n’a pas non plus nommé de second vicaire général, depuis la nomination du P. Laurent Dognin comme évêque auxiliaire de Bordeaux en janvier 2011… « Non que les obligations soient moins nombreuses et les tâches moins importantes » , expliquait encore l’évêque de Nanterre en 2012, mais ce diocèse – le cinquième de France, avec 1,5 million d’habitants – « a pris acte de la pénurie de prêtres qui est la sienne » . Pour parvenir à tout faire, Mgr Daucourt accepte donc d’ « en porter un peu plus » et renonce à prêcher des retraites, à animer des conférences ou à rencontrer les futurs confirmands avant leur confirmation…

De nombreux évêques disent le « cassetête » qui se pose à eux avant chaque été (lire La Croix du 2 juillet), du fait de « la pratique de faire tourner les prêtres dans divers lieux et missions tout au long de leur ministère  » – selon l’expression de Mgr Jacques Habert, évêque de Séez (Orne). Avec 80 prêtres en activité, dont certains âgés de plus de 75 ans, pour 33 paroisses regroupées en sept doyennés, il s’oblige à « laisser tous les prêtres sur le terrain, mis à part le chancelier » . « Cette raréfaction des prêtres doit nous amener à les affecter davantage au service de la foi et à ne pas les accaparer dans des tâches administratives ou organisationnelles  » , confirme Mgr Moutel, qui souhaite que ses 75 prêtres en activité se consacrent davantage à la catéchèse, à l’accompagnement spirituel… même s’ils doivent aussi gouverner leur paroisse.

Dans le diocèse de Mende qui ne compte que 35 prêtres en activité, dont cinq de moins de 60 ans, Mgr François Jacolin a même renoncé à maintenir des prêtres à la pastorale de la famille et au conseil de solidarité, afin de laisser au moins trois curés dans chacune des cinq grandes paroisses de la Lozère. « J’ai un vicaire général de 59 ans à plein-temps, et un seul vicaire épiscopal de 39 ans, qui est chargé aussi de la formation des laïcs et de la coordination des services pastoraux, tout en étant à mi-temps en paroisse » , explique Mgr Jacolin, avant d’ajouter qu’étant donné sa « priorité » de permettre à tous les prêtres de travailler en équipe, la plupart font « au moins 1 000 km par mois »

De plus, c’est désormais à l’échelon du doyenné que sont assumées certaines activités pastorales, notamment la préparation des jeunes à la confirmation. Ce qui n’est pas toujours facile à expliquer aux fidèles, « car nos territoires sont vastes et les habitudes bien ancrées » , poursuit Mgr Habert. Une autre solution, dit-il, consiste à s’échanger des prêtres entre diocèses, en fonction de leurs compétences : « Ce n’est pas le cas en ce moment, mais on a déjà été amené à le faire entre nos six diocèses de Normandie. » Bref, « à part quelques rares exceptions, résume l’évêque de Séez, les évêques reconnaissent que cette pénurie de prêtres est la grosse question : nous sommes tous dans la même fragilité et on en parle très librement. Avec humilité. »

« Nous sommes tous dans la même fragilitéet on en parle très librement. Avec humilité. »