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Pas un mot à mon Patron ! Réflexion      

Pas un mot à mon patron (cf LACROIX 7.11.13)

GENEVIÈVE JURGENSEN

Qui donc m’a, jadis, raconté cette histoire ? Elle m’est venue à l’esprit en lisant page 45, dans le nouveau livre de François Cheng (1), une jolie anecdote. Je vous la raconterai aussi, mais je commence par « mon » histoire.

Le majordome d’un émir roi du pétrole vient en secret visiter un luxueux hôtel établi en plein désert. « Mon patron aimerait séjourner ici avec son fils pour fêter sa majorité, votre établissement est magnifique mais mon patron aime l’eau, la mer, merci d’arranger cela. Ne vous préoccupez pas du prix, et pas un mot à mon patron. » L’hôtel entreprend d’immenses travaux, fait creuser une baie, la mer vient lui lécher les pieds et lors de sa visite suivante, le majordome semble satisfait. Mais, puisque son patron aime les fleurs et les arbres, il suggère que l’on plante de la végétation pour que la vue du balcon soit plus riante. À la visite suivante, il constate la splendeur des parterres et la variété des essences qui composent la forêt. Pourtant, il s’inquiète que ni les oiseaux ni les biches et leurs faons n’aient encore élu domicile dans les bois, et qu’il n’y ait pas encore de verger ni de potager, ce à quoi l’hôtel pourvoit dans les 24 heures. Quelques améliorations sont encore demandées, ainsi que le secret absolu, et voici qu’arrive l’émir dans sa limousine, parfaitement détendu avec son fils adolescent. Tous deux découvrent leurs appartements, avec les paniers de bienvenue et les rafraîchissements posés sur les tables basses, et le père entraîne son fils sur la terrasse. Là, avec douceur, il l’invite à admirer la vue et, embrassant le panorama du regard, il peut se laisser aller à confier la leçon de vie qu’il portait en lui : « Vois, mon fils, ces couleurs, cette variété, cette générosité de la nature, et écoute le clapotis de l’eau, le chant des oiseaux, le bruissement du vent dans les arbres… Tu n’auras jamais besoin de rien de plus pour être heureux. »

Transportons-nous maintenant dans le monde réel, et racontons une histoire que François Cheng tenait lui-même de François Mauriac. Ce dernier rend un jour visite à Maurice Genevoix, secrétaire perpétuel de l’Académie française et, à ce titre, résident d’un appartement sis à Paris dans un palais dessiné par Le Vau sur une commande de Mazarin. Les fenêtres donnent sur le pont des Arts, « comme une péniche chargée de rêves anciens » , note Cheng, et le soir descend. En ce doux printemps, « la clarté rose du couchant, mêlée à l’eau du fleuve, unissait ciel et terre en un ensemble aussi doux et léger que les mouettes voltigeant çà et là, ou que les nuages voguant au loin, insoucieux ». Les deux vieillards côte à côte contemplent longuement ce spectacle et Maurice Genevoix sort enfin du silence pour lâcher à voix basse : « Et dire qu’il faut laisser tout cela ! »

Ainsi, dans la première histoire, un père veut transmettre à son fils l’idée que ce qui fait le prix de la vie est à chercher ailleurs que dans l’argent, et son majordome l’a si bien compris que, malgré le coût pharaonique des réalisations, il tient par-dessus tout à ce que son patron ne sache jamais combien il a fallu dépenser pour que cette leçon soit donnée au jeune homme. De même, quand deux vieux académiciens parvenus au sommet de la vie intellectuelle profitent d’une paisible fin de journée parisienne sur un balcon du XVIIe siècle, quelles que soient leurs convictions sur l’au-delà, ils n’ont pas la nostalgie de leur propre œuvre, accomplie ou encore à venir, mais d’une perfection qui ne leur doit rien, héritée des générations d’inconnus absorbés dans l’éternité des siècles qui précèdent. Riche de pétrole ou riche de culture, ce qui ne nous doit rien, ce qui est gratuit et comme jailli par miracle, voilà ce qui compte, voilà ce qui fait le prix de la vie. J’ai longtemps cru que l’histoire de l’émir valait par la naïveté du magnat, puisque la simplicité des joies qu’il enseigne à son fils devait en vérité peu de chose à la nature et tout à sa fortune. Mais en lisant le livre de François Cheng, je me suis dit que le roi du pétrole était surtout riche de son majordome, cet ami suffisamment généreux pour veiller à préserver en lui la volonté de léguer à sa descendance un bien plus précieux que l’or noir : le sens du beau et le goût du dénuement.

(1) Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie , Albin Michel, 15 €. Lire aussi : Dans le cahier livres et idées du 3 octobre le feuilleton de Bruno Frappat.