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Réflexion sur le Magnificat !      

Un été dans la Croix. Magnificat (4/10) Journal LA CROIX 4 août 2011


Entretien. Danielle Rapoport, psychologue : « Il a bougé ! ».

Deux semaines durant « La Croix » a demandé à des personnalités de témoigner sur les thèmes qui parcourent le « Magnificat ». Aujourd'hui, le tressaillement.

À l'origine, avec d'autres, de la notion de bien-traitance, Danielle Rapoport, ancienne psychologue titulaire de l'Assistance publique/Hôpitaux de Paris, témoigne de la manière dont le premier tressaillement de l'enfant à naître bouleverse la vie… toute vie.

Dans la prière de Marie existe l'idée qu'un changement profond s'est opéré dès qu'élisabeth, en voyant Marie sa cousine, a ressenti un tressaillement in utero du Baptiste. Cet événement, hautement symbolique, peut-il être retenu par vous comme signifiant d'une force de vie ?

Danielle Rapoport : Pour des raisons qui me sont propres, je ne ferai aucune référence au Magnificat. Mais je vais vous répondre par une anecdote. Je me trouvais dans une boucherie un dimanche. Comme moi, une jeune femme fait la queue tranquillement. Il y a beaucoup de monde, tout le monde se presse, les gens sont un peu énervés. Tout à coup, on entend : « Ah ! » … Chacun retient sa respiration, c'est comme dans un film, un arrêt sur image. Le boucher, son couteau à la main prêt à trancher un morceau de viande, retient son geste. Il regarde cette jeune femme, presque en apnée, qui tient son ventre. On s'inquiète pour elle. Je m'approche, elle me regarde, sourit soudain, émerveillée, et me dit, assez fort : « Il a bougé ! » Les gens sont frappés d'étonnement et d'admiration. Je suis au bord des larmes, émue de sentir cette tendresse qu'elle partage avec moi à ce moment-là. La question qui l'habite maintenant est silencieuse, intériorisée, et pourtant si intense à nouveau. « Il a bougé ? » dit-elle. Et elle éclate de rire. Le tressaillement est passé, et c'est l'émerveillement partagé. Elle confirme : « Il a bougé ! » Tout le monde est heureux et continue ses petites commandes. On a là les racines du tressaillement, comme on l'a au printemps, sur la toute petite feuille qui commence à poindre, sur ce brin de muguet. Que va-t-il donner ? Quel jardinier ne s'est pas interrogé ?

Au moment du tressaillement, d'où vient ce sentiment profond de joie ?

D. R. : De la vie intra-utérine, quand ce bébé commence à bouger dans le liquide amniotique, s'anime, se meut. Je ne peux m'empêcher de rapprocher ces deux verbes : « se mouvoir », « s'émouvoir ». Ici, l'émotionnel est incarné. C'est tellement vrai pour cette jeune femme enceinte. Et la réalité de son bébé qui bouge va s'incarner pour tout le monde. Oui, le verbe se fait chair pour tous. Donc je crois profondément que l'origine émotionnelle du tressaillement, c'est l'origine de la vie. Nous sommes émerveillés quand nous regardons des films sur les abysses, les profondeurs. Tout à coup, on voit quelque chose tressaillir au loin, la caméra s'approche, c'est une petite crevette, un petit ver, une néréide. Tout ce qui bouge un peu, c'est la vie. Dans le tressaillement, il y a le commencement.

N'est ce pas ce premier mouvement qui va s'opposer dès le début aux forces de mort ?

D. R. : Je ne crois pas. Je vous réponds cela peut-être parce que je suis très influencée en ce moment par le psychanalyste Jean Bégoin, lequel pense qu'il faudra réviser toute l'approche psychanalytique de la pulsion de mort, et qu'en fait, c'est simplement le désespoir qui provoque cette pulsion. Sans le désespoir, la mort viendra naturellement, simplement. De plus, tout peut se revivre, se transformer autrement… Kant disait, en d'autres termes, que le plus beau pour lui était une équation mathématique et le firmament étoilé au-dessus de sa tête. C'est-à-dire l'infini. Et s'il s'agit de l'infini, alors, il n'y a pas de mort.

Le commencement de la vie nous conduirait vers l'infini, la promesse de quelque chose dont nous ne sommes pas maîtres ?

D. R. : Ceci est vrai pour la plupart des gens. Mais moi, je ne crois pas qu'il y ait eu un commencement. Je crois qu'il y a toujours eu le commencement, avec des formes différentes. Avant le big-bang, il y avait sûrement autre chose. Votre question est acceptable pour notre petite vérité par rapport au temps. Mais en dehors de ce temps-là, qui nous marque complètement et fait qu'existe la Genèse, c'est-à-dire un récit historique, existe une dimension autre.

Lorsqu'une femme ressent ce tressaillement pour la première fois, est-ce parce qu'elle ressent de manière inconsciente une promesse d'avenir ?

D. R. : La jeune femme dont je vous parlais au début est très consciente, elle est dans le présent, dans l'avenir, dans la promesse. D'ailleurs, elle est sortie de la boucherie, elle n'a rien acheté, elle s'est précipitée sur son téléphone portable, je ne la voyais plus que de dos et son dos tressaillait, pourrait-on dire. J'imagine qu'elle appelait son compagnon pour qu'il vienne la chercher. Elle entrait dans le temps du bébé, dans un récit.

D'où vous vient cette empathie pour ce qui est en gestation et pour la vie, d'une manière plus générale ?

D. R. : Cette capacité de me réjouir de la vie à ses débuts chez les autres m'habite depuis toujours, et tranquillement. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Cela n'a cessé d'exister, de progresser, de se perfectionner, et cela ne s'arrête pas. Il s'agit d'un état. Rien d'intellectuel là-dedans. Ce n'est pas de l'ordre de la compréhension. C'est très… réceptif. Si on peut partager la joie, on peut partager la douleur. Comme tout être humain, une empathie naturelle s'est développée en moi. Peut-être aussi ma toute petite enfance fut l'occasion de recevoir de mes parents de l'attention, les premières graines de la solidarité. D'ailleurs, tout ce que j'ai pu faire – la transformation des crèches, l'humanisation de la pédiatrie, les travaux sur la naissance, la création du premier centre d'action médicale précoce (Cams) – c'est grâce à d'autres. Je n'ai rien fait seule.

Qu'est-ce que la bien-traitance, concept dont vous êtes à l'origine, avec vos équipes ?

D. R. : Une manière d'être qui change les manières de faire, de dire et de résoudre les choses. Certes, il faudra les résoudre, mais en amont, il faut d'abord adopter cette manière d'être.

Ne sont-ce pas tout simplement de bonnes habitudes à prendre ?

D. R. : Ce n'est pas si simple. Il faut se former à la bien-traitance (1) et cette formation est toujours en évolution. Or, il est tellement délicieux, reposant et fantastique d'être bien-traitant qu'après, les bonnes habitudes se prennent toutes seules. Elles en découlent. Je le vis tout le temps pour moi-même et avec admiration et humilité au milieu de toutes ces équipes en crèche, à l'hôpital, partout où il y a de la souffrance.

Pourquoi la bien-traitance n'est-elle pas encore une évidence ?

D. R. : Nous sommes encore des humanoïdes en train de nous humaniser. Voilà pourquoi la bien-traitance n'est pas encore une évidence. Mais si des oreilles se ferment, d'autres s'ouvrent ailleurs. L'histoire de Jacques-Alexandre Le Jumeau de Kergaradec (1787-1877) le prouve. Voici un jeune médecin arrivant à l'Académie royale de médecine pour expliquer qu'il a pu entendre chez une femme enceinte les bruits du cœur de l'enfant « comme une montre placée très près de moi » , écrit-il dans ses Mémoires sur l'auscultation appliquée à l'étude de la grossesse . Nul alors ne veut le croire. Les oreilles se ferment. Mais peu de temps après, son ami et maître René-Théophile Laennec invente le stéthoscope et grâce à cette invention, il va entendre clairement le cœur de l'enfant à naître. D'autres oreilles se sont ouvertes. Ainsi, pourrait-on dire, de « tressaillements » en « tressaillements », on avance…

La citation

désormais, tous les âges me diront bienheureuse.

(1) Association Bien-traitance formation et recherches, 30 rue Hérard, Hall D, 75012 Paris. Tél. : 01.43.07.32.02. E-mail : contact@bientraitance.com Demain : Christèle Vérot, sage-femme et formatrice.

COURCY Louis de